Maljean

Je ne vous cache pas mon admiration pour le musicien que je viens d'interviewer. Pianiste belge de renom, que certains qualifient de "culte" pour avoir accompagné Pierre Rapsat dans les années 70 et 80 et pour avoir formé son duo pop "Maljean-Willems", il mène aujourd'hui une carrière incroyable en Chine où il est une véritable star. Il s'agit bien sûr de Jean-François Maljean qui, pour la sortie de son nouvel album "Entre rêves et illusions" va nous parler de sa vie, de ses forces, de ses faiblesses et de son mental qui lui a permis de faire une très belle carrière musicale.

LA TETE PLEINE D'ENVIES, MAIS LES PIEDS SUR TERRE

Lors d'un concert récent, Jean-François Maljean nous raconte avec humour qu'un homme s'est approché de lui alors qu'il jouait à l'hôtel Métropole à Bruxelles.  Cet homme lui a proposé 200 francs belges (soit 5 euros actuellement) pour qu'il arrête de jouer.  Il était alors dans une phase professionnelle très difficile, après avoir quitté l'équipe de Pierre Rapsat en 1984 et avant de reprendre de plus belle en Asie quelques années plus tard.

C'est avec simplicité et chaleur que Jean-François me reçoit chez lui, dans son nouveau studio au sous-sol de sa maison à Genval. 

ENTRE REVES ET ILLUSIONS

Découvrez dans cette vidéo mon entrevue avec Jean-François Maljean à propos de son nouvel album:  "Entre rêves et illusions" dans lequel il interprète à sa manière les plus beaux succès de Pierre Rapsat.  

DECOUVRONS PLUS EN DETAILS JEAN-FRANCOIS MALJEAN

CD : Comme le dirait William Sheller, es-tu un homme heureux?

JFM : Je suis un homme souvent heureux, mais pas toujours.  Je ne sais pas si William Sheller l’est dans la chanson (rires).  Oui, je suis plutôt un homme heureux.  En tous cas, j’essaie de l’être.  Sinon à quoi ça sert de ramer?  On est sur terre pour passer une petite période, autant en profiter.  Mais il y a des moments où je n’arrive pas à l’être complètement.  Je ne suis pas le seul d’ailleurs.

CD : Le bonheur, c’est quoi pour toi?

JFM : Le bonheur, c’est inexprimable.  C’est d’être bien dans sa peau, se lever le matin, voir un oiseau qui passe et se dire waow. Mais il y a des journées roses et des journées grises. En fait, je suis hypersensible.  La moindre chose peut me faire basculer dans la détresse ou le bonheur absolu. C’est peut-être pour cela que je suis un artiste. Je pense qu’il faut une bonne dose d’enthousiasme pour composer. Si tu es complètement dépressif, tu n’y arrives pas. Le fait d’être le plus souvent bien dans sa peau fait qu’on y va à fond. Puis, il y a certaines périodes ou on ne sait pas donner. En fait, le bonheur, c’est un ensemble de choses qui font que ça fonctionne. Chez moi, il y a des choses qui déclenchent ça.  Ma femme me dit je t’aime. Quelqu’un me dit qu’il aime ma musique, le soleil, la lumière… c’est un ensemble de choses qui déclenchent le bonheur. Si je fais un mauvais concert et qu’on me dit que je joue mal, je me sentirai malheureux. C’est tout bête, je suis comme un gamin.

CD : La vie est faite de hauts et de bas.  Peux-tu nous parler d’une période difficile de ta vie et nous dire comment tu as fait pour en sortir?

JFM : Plusieurs.  La première, probablement la plus difficile est la mort de mon père lorsque j’avais 18 ans.  J’étais plutôt bon élève en 2è candi en biologie et j’arrête tout. Mon père n’est plus là et je déprime. J’arrête mes études, sans que ma mère ne le sache. Ce qui m’a sauvé, c’est ma musique.  Mais ce n’est pas comme dans un roman. Ca met du temps.  Je me suis vraiment accroché à ma passion et ça m’a aidé... énormément aidé.  Il y en a eu d’autres, comme l’époque de mon divorce avec ma première femme. Nous sommes maintenant de bons amis, mais c’était difficile à l’époque et ma musique ne marchait pas vraiment bien non plus.

Jean-Françcois Maljean joue Pierre Rapsat

CD : Tu as fait un choix incroyable dans ta vie. Tu t’es exporté en Asie. Tu as pris ton sac à dos et ton courage. Ca a tout changé pour toi.

JFM : Oui, j’y fais une carrière depuis plusieurs années. Ils ont été intéressés par ce que j’avais. Ils aiment la musique, ils aiment les mélodies. Ils s’intéressent un peu moins au jazz alors que moi j’adore, même si je ne me considère pas comme un jazzman. Ma boite de disque m’a suggéré d’être plus commercial. Je les ai écoutés et ça a été important. Ils me disaient “soit d'abord un ami et ensuite on travaillera ensemble.” C’est un principe que j’ai gardé. Je les ai vraiment écoutés et je suis rentré dans leur culture. J’ai appris un peu le chinois et je pense qu’ils m’ont adopté et m’ont donné un nom chinois. J’y vais 7-8 fois par an depuis une quinzaine d’années.

CD : Selon toi, quelles qualités sont nécessaires pour accomplir ce que tu as accompli?

JFM : D’abord, je me demande toujours quelles qualités je n’ai pas (rires). Bon allez, je vais voir le bon côté des choses… je suis tenace.  Le talent, c’est avoir envie de faire des choses. J’ai toujours eu envie. La ténacité est une qualité nécessaire dans ce métier. Beaucoup abandonnent trop vite. Malgré les coups de mou, je ré-attaquais. Je me suis aussi rendu compte que j’étais dans un petit pays.  Un pays que j’aime beaucoup, mais dont je devais sortir si je voulais vivre de ma musique. Je pense aussi que j’ai toujours aimé voyager. Gamin, je voulais être explorateur et je pense que ça m’a beaucoup aidé aussi. Peut-être aussi le fait de m’adapter aux cultures. Ne pas dire “c’est ma musique, on ne touche pas”, mais rester ouvert et flexible à la culture et à l’écoute. Et bien sûr, du courage. Bon… je n’ai pas toujours du courage pour faire la vaisselle (rires). Peut-être que ça n’est pas du courage, mais du plaisir. Travailler et prendre du plaisir. Et puis surtout, les gens. J’aime rencontrer les gens. Je suis allé au fin fond de la Chine, dans des endroits perdus et j’ai toujours pris du plaisir à entrer en contact avec des personnes différentes.

C’est très important dans la vie de réaliser ses rêves.  Comme le disait Rapsat, les rêves sont en nous.

CD : Peux-tu te remémorer le moment où tu t’es dit “OK, j’y vais, je vais en Asie”.  Quel état d’esprit avais-tu?

JFM : Au moment de mon divorce, la musique était devenue un peu comme une prison ici et j’ai rencontré ma nouvelle épouse qui m’a beaucoup poussé. J’ai senti qu’il y avait de l’intérêt en Asie. L'envie était là. Je me suis battu pour ce métier… non, en fait, je ne me suis pas vraiment battu car j’aime ça.  Aimer ce que l’on fait rend les choses plus faciles.

CD : Si on quitte la partie de ta vie liée à ta profession, comment fais-tu lorsque des problèmes surgissent dans ta vie. Réagis-tu comme lorsque tu avais 20 ou 30 ans, ou prends-tu plus de recul?

JFM : Je pense que je suis plus sage maintenant. On voudrait avoir les artères de 20 ans, par contre, je gère mieux les moments difficiles maintenant. Il y a l’expérience et puis, les gens que l’on rencontre. Il y a la méditation aussi et plusieurs techniques que je peux employer et que je ne connaissais pas lors de la mort de mon père ou mon divorce. J’ai du mal avec les ruptures, les déménagements… j’aime être ancré quelque-part, même si j’aime voyager. J’ai des angoisses comme tout le monde, pas toujours sûr de moi… mais j’ai aujourd’hui des techniques, comme la méthode Coué.  En fait, on est prisonnier de ses idées parfois. Si je me dis que je suis mauvais, je risque de l’être. Si je me dis que je suis bon, je risque de l’être aussi. Penser positivement est très utile et je n’ai pas peur de le dire, j’ai vu des thérapeutes qui m’ont expliqué tout ça. Comment retourner une pensée négative pour penser positivement.

CD : Et les idées entrainent les émotions…

JFM : Evidemment. Et ça, j’ai passé pas mal de temps à travailler dessus. C’est le temps des rencontres, de se dire que je suis bon, tenir compte des compliments. Malheureusement, on est des petites choses fragiles et ces techniques sont utiles. Aujourd’hui, je relativise.  J’ai aussi une femme qui est très stable et qui gère bien ses émotions.  Elle est mon bouclier et m’aide à aborder les problèmes et les émotions négatives.

CD : Quels sont tes grands moments de réussite? Intuitivement, sans réfléchir…  professionnellement, relationnellement, personnellement… ta vie entière.

JFM : Ma plus belle réussite reste la famille.  L’amour, les enfants, … car ça, c’est la vie… ça reste magnifique. Ensuite, vient directement la musique. Les grands moments, les grandes périodes avec Rapsat. Jouer dans de grandes salles, ma carrière en Asie, voir les gens heureux.

QUELQUES DISQUES DE JEAN-FRANCOIS MALJEAN

CD : Considères-tu que certaines personnes t’ont aidé à devenir le Jean-François Maljean que tu es aujourd’hui?

JFM : Bien entendu. Je n’en ai pas eu 50.000.  Principalement ma femme qui m’a soutenu depuis le début. Parfois des conseillers, des thérapeutes, des professionnels, certains amis, certains confidents.  Pour moi, les relations sont vraiment très importantes.

CD : Es-tu du genre à écouter ta petite voix interne qui te dit “Attention, c’est risqué…”.

JFM : Non, j’écoute plutôt ma petite voix qui dit “Allez fonce…” Du coup, parfois je fais des conneries. Mais elle m’a aussi aidé à partir en Chine. Parfois je l’écoute et elle me pousse trop loin comme la fois où j’ai accepté de jouer avec un orchestre symphonique en Chine. Je me suis cassé la gueule, car je n'étais pas prêt. Bon, heureusement, c’était encore pendant les répétitions, mais j’ai quand même été jusque là sans trop réfléchir.

CD : Ecoutes-tu beaucoup ton intuition?

JFM : Oui, oui. Je ne suis pas très organisé et je suis souvent mon intuition.

CD : Dirais-tu que cela t’a aidé ?

JFM : Certainement.  Oui, je le pense vraiment parce que je me dis souvent que j’ai bien fait d’essayer. Je ne veux pas avoir de remords, de me dire “j’aurais dû …”.  Aujourd’hui, j’ai une vie qui me correspond.

CD : Souhaites-tu ajouter quelque-chose à cette interview?

JFM : J’espère que les gens qui liront ceci auront envie de réaliser des choses, que cela leur donnera de la pêche. C’est très important dans la vie de réaliser ses rêves.  Comme le disait Rapsat, les rêves sont en nous.

CD : C’est exact ! Les rêves sont en nous et on peut tous les réaliser.  Merci beaucoup Jean-François. Merci beaucoup pour ton témoignage.

JFM : Avec grand plaisir.


L' Auteur de Cet Article : Carl Dufour

Carl Dufour - Systemic Minds - coach

Plus d'infos sur Carl Dufour

L'être humain et son potentiel sont ma passion. Je suis Carl Dufour, fondateur de Systemic Minds et coach systémique.

Mon ambition est de vous aider à atteindre une vie plus équilibrée et plus performante à tous niveaux : personnel, relationnel et professionnel.

Certifié Coach Professionnel et formé à la PNL humaniste, au coaching d'intervention stratégique d'Anthony Robbins et Chloé Madanes,  à l'analyse transactionnelle, à l'approche systémique, ainsi qu'au marketing stratégique.  Je possède une expérience de plus de 2 décennies dans le conseil, la formation et le coaching.

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